Résultats du premier Baromètre de la diversité et de l’égalité

31 mars 2011 Thèmes : égalité, diversité
Baromètre cover

Notre télévision reflète-t-elle la diversité (générationnelle, socioprofessionnelle, culturelle) de notre société ? Femmes et hommes sont ils également présents et représentés sur nos écrans ? Les personnes handicapées y ont-elles une place ? Les individus sont ils cantonnés à certains rôles, à certains sujets, en fonction de leur origine, de leur âge, de leur sexe… ? C’est à ces questions, et plus globalement à celle de l’état de la diversité et de l’égalité à la télévision que répond ce premier baromètre de la diversité et de l’égalité mené en Communauté française, à travers l’analyse d’une semaine ordinaire de télévision.

Le Baromètre est téléchargeable sur www.csa.be/diversite

Objectifs et méthode

L’objectif de ce Baromètre est de quantifier et d’objectiver l'état de la diversité et de l’égalité sur base de l’analyse approfondie d’une semaine de programmes (production propres et coproductions) de 23 chaînes de télévisions publiques, privées, locales, actives en Communauté française de Belgique (RTBF (La Une), RTBF (La Deux), RTL-TVi, Plug RTL, Club RTL, AB3, AB4, Liberty TV, Canal Z, Be 1, Belgacom 11, ainsi que les 12 télévisions locales (Antenne Centre, Télé Mons-Borinage, Télésambre, notélé, Canal C, Canal Zoom, TV Com, MaTélé, TV Lux, Télévesdre, RTC Télé-Liège et Télé Bruxelles). L’échantillon pris en compte s’étend du 3 au 9 mai 2010. 925 programmes distincts, c'est-à-dire près de 200h de programmes, ont été systématiquement repérés et décrits en fonction du sexe, de l’âge, de l’origine, de la catégorie socioprofessionnelle et/ou du handicap de la personne qui intervient à l’écran. L’encodage ne prend en compte ni le temps de parole, ni la durée d’exposition à l’écran. Seul compte le fait d’apparaître à l’écran. 23.657 intervenants ont été identifiés : 26,71% d’entre eux étaient actifs (on les voit et ils parlent), 61,53% étaient de simples figurants (on les voit mais ils ne parlent pas). S’ajoutent encore 9,41% d’intervenants qui parlent mais que l’on ne voit pas et 2,35% d’intervenants que l’on ne voit pas mais dont on parle. D’autres paramètres destinés à éclairer la représentation ont également été pris en compte : le rôle que joue l’intervenant à l’écran (est-ce un journaliste, un porte-parole, un témoin… ?), l’identification (mention écrite ou orale…), ainsi que des éléments susceptibles d’éclairer le contexte d’apparition de l’intervenant (victime/auteur d’acte répréhensible, sujet en lien ou non avec l’une des catégories d’encodage de la diversité et de l’égalité…). La méthodologie est disponible en annexe de l’étude.

 

Constats et résultats

Les résultats de cette analyse, présentés ce matin lors d’une conférence de presse par le Comité de pilotage et en présence de Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité des Chances de la Communauté française de Belgique, révèlent une représentation médiatique de la diversité et de l’égalité qui n’a, souvent, rien à voir avec la réalité de la société.

Critère par critère, le détail de l’analyse apporte nombre d’informations.

Le sexe

Non seulement minoritaires à l’écran (31,41%), les femmes y trustent également des rôles secondaires : elles donnent ainsi plus souvent dans la vox populi (témoignage, expérience, quidam), à l’inverse des hommes, qui endossent plus fréquemment les fonctions d’expert ou de porte parole.

Moins nombreuses, elles font aussi l’objet deux fois moins que les hommes d’une identification (mention en banc-titre) complète. Elles sont d’ailleurs plus souvent identifiées par leur seul prénom.

Quand elles sont qualifiées de victimes (ce qui arrive deux fois plus souvent que dans le cas des hommes), elles ont dans deux fois moins de cas droit à la parole.

Les sujets dans lesquels elles apparaissent sont plus rarement professionnels que pour les hommes, et  ils touchent en revanche davantage aux questions liées à l’âge.

L’origine

Peu présents dans l’ensemble des émissions (8,62%), les intervenants identifiés comme non blancs sont cantonnés dans deux secteurs, la musique (42,73%) et le sport (16,25%), où ils sont néanmoins plus souvent figurants que participants actifs. De manière générale, ils prennent peu souvent la parole et occupent peu de rôle prestigieux : il ya ainsi peu d’experts, peu de journalistes, peu de porte-parole perçus comme non blancs, ce qui confère un titre d’exception à ces apparitions.

On pointera aussi leur absence des jeux TV, où ils ne représentent que 3,45% des intervenants dont l’origine a été identifiée.

Les intervenants perçus comme non blancs font moins souvent que les autres l’objet d’une identification (mention en banc-titre) et lorsque celle-ci est effective, elle est très fréquemment raccourcie à leur seul prénom. Ils sont également, plus souvent que les intervenants vus comme blancs, associés à des actes répréhensibles.

Les sujets dans lesquels ils apparaissent sont plus souvent que pour les intervenants vus comme blancs en lien avec des questions d’origine culturelle, mais ce lien est cependant moindre que celui qui porte sur les questions professionnelles.

L’âge

Les catégories d’âge actives (les « 19-34 », « 35-49 » et « 50-64 ») sont bien présentes à l’écran (71,50%) qui semble ne pas aimer les seniors. Les « +65 ans » n’y ont pas vraiment d’existence (2,68%) alors qu’ils représentent presque un cinquième de la population en Communauté française. La télévision est donc jeune, mais de manière contrastée. Tout dépend en fait de ce que l’on entend par « jeunes ». Les « - 34 ans » sont très présents (40,60%). Mais la tranche 19-34 est l’arbre qui cache la forêt : les « -12 ans » (6,36%) et surtout les ados (3,17%) n’y sont guère nombreux. Tout comme les « +65 », on les sollicite plutôt pour évoquer des sujets en relation avec leur âge. La plupart du temps, ils sont tous de simples figurants.

L’identification des ces jeunes et de ces aînés se distingue d’ailleurs de celle ayant cours pour les autres catégories d’âge. Beaucoup plus souvent que les autres, ils sont cités par leur seul prénom. Une identification (mention en banc-titre) complète ne leur est que rarement attribuée.

Les catégories socioprofessionnelles

Les catégories supérieures sont les plus représentées à l’écran (46,32%) et elles le restent même quand on ne tient pas compte de la présence des professionnels de l’audiovisuel à l’antenne. Cet écran « élitiste » se décline dans tous les genres TV y compris dans le divertissement qui, par essence, fédère tous les publics. La place des inactifs (16,14% pour l’ensemble des émissions) et des professions peu qualifiées (11,15%) reste anecdotique dans bien des cas. Les rôles qu’ils occupent sont peu valorisants. Ils ne sont la plupart du temps que simples figurants.

Les identifications suivent la même ligne de partage « socioprofessionnelle » : les mentions écrites sont précises pour les catégories supérieures ; elles le sont beaucoup moins, quand elles existent, pour les catégories les plus basses.

Le handicap

On pourrait dire du handicap qu’il est tabou tant son absence à l’écran est criante (0,33%). Quand des intervenants sont identifiés avec un handicap visible, c’est à de très rares exceptions et presque toujours quand le handicap est au centre de l’actualité. La plupart du temps, aucun rôle actif ne leur est attribué.

Ces chiffres rendent compte de la représentation brute de la diversité et de l’égalité à l’écran. Ils peuvent être également relus au filtre d’autres paramètres qui les complètent et les nuancent :

L’information, un genre TV éloigné de la réalité ?

Si tous les genres télévisuels contribuent aux phénomènes généraux observés, les programmes d’information se distinguent en en exacerbant certains.

Les femmes sont plus encore sous-représentées dans l’information (30,42%) que dans les autres genres (où leur représentation tourne autour des 40%), le sport excepté (il est presque exclusivement masculin avec 7,31% de femmes).

Le même phénomène joue pour les origines. Les intervenants perçus comme non blancs sont 6,32% dans l’information (8,62% dans l’ensemble des émissions). Ils y ont en outre très peu droit à la parole : dans les JT, on dénombre 3,84% d’hommes vus comme non blancs et 1,28% de femmes de la même catégorie. Les rôles qu’ils occupent, quand ils ont droit à la parole, sont plus souvent ceux de la vox populi.

Les classes supérieures sont par contre très présentes dans l’information (54,01%), elles occupent pratiquement seules les débats.

Deux exceptions « contreviennent » à cette règle de l’« exacerbation » : les quelques espaces concédés aux jeunes (jusqu’à 18 ans) et aux aînés (+65 ans) sont surtout le fait de l’information. Ils sont respectivement 10,26% et 3,63% dans les JT et 1,15% et 8,83% dans les magazines d’information. Toutefois, quand la parole leur est donnée, c’est surtout dans le cadre de sujets en lien avec leur âge.

Par ailleurs, les rares intervenants identifiés avec un handicap visible le sont surtout dans l’information. Mais c’est presque toujours parce qu’un sujet relatif au handicap y est évoqué. Le rôle qui est attribué à ces intervenants est plus souvent secondaire et passif. Il n’est pas fréquent qu’ils y prennent la parole.

La proximité, un gage de diversité ?

La plupart des tendances observées dans l’information peuvent être nuancées si on prend en compte la portée géographique de son contenu. L’incidence du local sur les critères de la diversité et de l’égalité est en effet évidente. Dans presque tous les cas (souvent pour les télévisions locales), la proximité du terrain renforce les catégories mal ou sous-représentées : les femmes (et des femmes politiques), les jeunes, les inactifs et les professions peu qualifiées ainsi que les handicapés. Cette attention plus grande s’accompagne souvent d’une réelle prise de parole des intervenants.

Ce phénomène trouve cependant ses limites. La représentation des aînés (« +65 ans ») n’est, dans le local, pas mieux lotie qu’ailleurs. La diversité d’origine, à l’inverse des autres phénomènes, semble diminuer au plus l’information est proche du niveau local (les intervenants vus comme non blancs sont plus présents à l’international).

Il faut toutefois apporter un bémol sur ce dernier point : la mixité culturelle des terrains couverts par l’information locale peut également influencer, même si ce n’est pas généralisé, la représentation qu’en donne l’écran.

Les professionnels de l’audiovisuel

Le baromètre apprend également beaucoup sur les professionnels de l’audiovisuel, qu’ils soient journalistes ou animateurs.

Sur le plan de la parité homme-femme, les deux métiers se caractérisent par une tendance à l’égalité, mais uniquement pour ce qui concerne les rôles premiers, c’est-à-dire ceux qui sont directement visibles à l’écran. Pour ce qui concerne les rôles secondaires, le travail reste manifestement encore à faire. Les hommes y restent en effet davantage représentés.

Le phénomène est toutefois extrêmement variable de chaîne à chaîne. Ainsi, si les journalistes secondaires femmes approchent les 43,75%, dans les télévisions locales, elles sont 34,78% à la RTBF et 17,05 % dans le groupe RTL.

Autre caractéristique frappante chez ces professionnels de l’audiovisuel, c’est leur faible diversité d’origine, tant en rôle principal que secondaire. Même si les animateurs le sont un peu plus souvent que les journalistes.

On notera enfin que l’âge des professionnelles de l’audiovisuel est moins élevé que celui de leur alter ego masculin. Dès lors qu’elles sont à l’avant-plan les femmes journalistes ou animatrices semblent davantage tenues que les hommes à un impératif de jeunesse…

 

Axes et tendances

Pour rendre ces résultats les plus lisibles et visibles possibles, et donc exploitables par les chaînes et les opérateurs audiovisuels notamment, trois axes ont été privilégiés :

  • Dans la première partie du Baromètre, sont présentés les grands chiffres de l’étude : qu’en est-il de la diversité et de l’égalité par catégorie de sexe, d’origine, d’âge, de classe socioprofessionnelle et de handicap ?
  • La deuxième partie privilégie trois approches thématiques majeures qui, d’année en année, devraient constituer des points de référence et de comparaison significatifs. Ont été retenus dans ce cadre : l’information (le genre de programmes le plus présent), le divertissement (le genre qui par excellence rassemble tous les publics) et les éléments d’identification des intervenants (un mode de caractérisation qui permet d’introduire différentes nuances dans l’analyse).
  • Une troisième partie, qui sera déclinable d’année en année, cible des sujets plus ponctuels qui traduisent une problématique spécifique de la représentation de la diversité et de l’égalité à l’écran. Les thématiques retenues (femmes politiques, jeunes et médias, experts, magazines) ont été confiées aux commentaires de quatre experts de manière à, déjà, lancer et élargir le débat.

 

Plan d’action et comité de pilotage

Ce baromètre constitue un des volets du Plan en faveur de la diversité et de l'égalité dans les médias audiovisuels de la Communauté française lancé en mars 2010 par Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité des Chances, qui désignait alors un Comité de pilotage chargé de coordonner ce plan sur trois ans et articulé sur deux axes complémentaires : la publication, chaque automne, d'un panorama des bonnes pratiques, destiné à identifier et à faire la promotion des bonnes pratiques déjà en œuvre dans les médias audiovisuels, et chaque printemps, la parution d’un baromètre, destiné à mesurer, pendant trois ans, l’état de la représentation de la diversité et de l’égalité sur les écrans en Communauté française. Le Comité de pilotage est composé de l’IEFH (Institut pour l’égalité des femmes et des hommes), du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, de la Fondation Roi Baudouin (qui a cofinancé le lancement du projet), de l’AJP (Association des journalistes professionnels), du ministère de la Communauté française (Direction de l’égalité des chances et Service général de l’audiovisuel et des multimédias), et coordonné par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), également chargé de la mise en œuvre de ce plan.

 

 

Le Baromètre est téléchargeable sur www.csa.be/diversite


 



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Dernière mise à jour le 31 mars 2011